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Famille recomposée : vous vous sentez de trop chez vous ?

il y a 7 jours
7 min de lecture
Femme assise sereinement sur un banc de jardin, une tasse à la main

Se sentir de trop chez soi quand les enfants de son compagnon sont là est l’un des ressentis les plus fréquents chez les belles-mères en famille recomposée. Ce n’est ni un caprice ni un manque d’amour. C’est le signe que votre place n’a pas encore été pensée, ni par vous, ni par votre couple. Comprendre d’où vient ce sentiment permet de passer, pas à pas, de « je suis de trop » à « j’ai ma place ici ».


Se sentir de trop en famille recomposée : un ressenti plus fréquent qu’on ne le croit


En France, 11 % des enfants mineurs vivent dans une famille recomposée, selon l’Insee. Derrière ce chiffre, il y a des centaines de milliers d’adultes qui apprennent à vivre avec des enfants qui ne sont pas les leurs. Les médiateurs familiaux de la Caf rapportent d’ailleurs entendre très souvent des belles-mères dire qu’elles ne se sentent pas reconnues dans leur rôle.

Se sentir de trop, ce n’est pas seulement se sentir mise à l’écart. C’est avoir l’impression de déranger dans sa propre maison : ne plus savoir où s’asseoir, quand parler, si l’on peut proposer une sortie ou rester dans le salon. La semaine, le foyer vous ressemble. Le week-end de garde arrivé, il semble appartenir à d’autres. Beaucoup de femmes décrivent alors un réflexe discret : elles se retirent. Elles vont dans la chambre, sortent faire une course, s’occupent des repas pour avoir un rôle. Le malaise ne disparaît pas, il se fait simplement plus silencieux.



Pourquoi ce sentiment apparaît surtout quand les enfants sont là ?


Un foyer qui change de forme d’une semaine à l’autre

Dans beaucoup de familles recomposées, la maison vit au rythme des gardes. À deux, le couple a ses habitudes, ses conversations, sa complicité. Quand les enfants arrivent, tout se réorganise autour d’eux : les repas, les horaires, les sujets de discussion. Ce passage d’une forme de foyer à une autre est brutal, et vous êtes souvent la seule à le vivre ainsi. Votre compagnon retrouve ses enfants ; vous, vous perdez une partie de votre quotidien.


Une histoire commune dont vous ne faites pas partie

Votre compagnon et ses enfants partagent des souvenirs, des blagues, des surnoms, des façons de faire nées bien avant vous. Ce n’est dirigé contre personne : c’est simplement leur histoire. Mais assister à cette complicité sans pouvoir y entrer donne facilement l’impression d’être spectatrice dans sa propre maison.


La loyauté des enfants

Un enfant peut se montrer distant avec vous sans vous rejeter vraiment. S’ouvrir à la compagne de son père peut lui donner le sentiment de trahir sa mère. Il garde alors ses distances, ne vous adresse pas la parole, ou s’adresse uniquement à son père. Ce conflit de loyauté appartient à l’enfant : il ne dit rien de votre valeur, même s’il vous touche.


Un parent qui veut rattraper le temps perdu

Le père qui ne voit ses enfants qu’un week-end sur deux veut souvent profiter de chaque minute avec eux. Il leur consacre toute son attention, parfois sans s’en rendre compte. Ce n’est pas un désamour envers vous, mais le résultat est le même : vous vous sentez reléguée au second plan, et vous n’osez pas le dire de peur de paraître jalouse des enfants.


Une place que personne n’a définie

Enfin, et c’est souvent le cœur du problème, personne n’a dit quelle était votre place. Pouvez-vous reprendre un enfant à table ? Décider du programme du samedi ? Avoir un moment seule avec votre compagnon ? Tant que ces questions restent sans réponse, chaque situation devient un risque de faux pas. Et pour éviter le faux pas, on se fait petite.



Un sentiment légitime, et parfois un signal à écouter

Se sentir de trop de temps en temps fait partie de l’adaptation à une famille recomposée. Les premières années sont souvent celles des ajustements, et un lien avec des enfants qui ne sont pas les vôtres se construit lentement. Ressentir de la frustration, de la tristesse ou même de la colère dans ces moments ne fait pas de vous une mauvaise belle-mère.

Ce sentiment devient un signal quand il s’installe. Si vous redoutez chaque week-end de garde plusieurs jours à l’avance, si vous ne vous sentez plus chez vous même la semaine, si vous vous isolez de plus en plus, ou si votre sommeil et votre humeur en souffrent, il est temps de ne plus porter cela seule. Lorsque la fatigue ou les troubles du sommeil durent plusieurs semaines, parlez-en aussi à votre médecin traitant.



Ce que j’observe en cabinet

Au cabinet de Roiffieux, près d’Annonay, comme en visio, ce sentiment revient très souvent sous une même forme : « Je ne me sens plus chez moi un week-end sur deux. »

Prenons une situation type. Une femme vit depuis deux ans avec son compagnon, père de deux enfants qu’il accueille un week-end sur deux. La semaine, tout va bien. Le vendredi soir, elle sent la tension monter. Les enfants la saluent à peine, son compagnon est absorbé par eux, et elle finit par passer le dimanche après-midi seule dans la chambre. Elle n’en a jamais parlé : elle a peur qu’on lui reproche de ne pas aimer les enfants.

En séance, le travail ne commence pas par les enfants. Il commence par ce qu’elle ressent, sans jugement, puis par ce qu’elle n’a jamais pu dire à son compagnon. L'accompagnement aide à représenter sa famille et à voir où elle s’est placée : souvent en dehors. Ce simple constat ouvre déjà une autre question : où aimerait-elle être ?



Passer de « de trop » à « à sa place » : 4 temps


Le premier temps consiste à repérer ce qui se répète. « Qu’est-ce qui revient dans ma vie ? » Observez les moments précis où le sentiment d’être de trop apparaît : l’arrivée des enfants, les repas, une conversation dont vous êtes exclue. Ce qui semblait un malaise diffus devient alors une suite de situations identifiables, sur lesquelles on peut agir.


Le deuxième temps, comprendre, invite à regarder ce que votre réaction vous apporte. « De quoi ce schéma me protège-t-il ? » Se retirer évite le conflit, le regard des enfants, la peur de mal faire. C’est une protection, mais elle a un coût : plus vous vous effacez, plus votre absence devient la norme.


Le troisième temps est celui d’exprimer. « Qu’est-ce que je n’ai jamais pu dire ? » Le plus souvent, ce qui n’a pas été dit concerne votre compagnon, pas les enfants : votre besoin de savoir que vous comptez, votre envie d’un moment à deux pendant le week-end, votre difficulté à trouver votre rôle. Le dire en parlant de vous (« je me sens… ») plutôt qu’en l’accusant (« tu ne… jamais ») rend la conversation possible.


Le quatrième temps, construire, consiste à choisir une posture. « Qu’est-ce que je choisis maintenant ? » Cela peut être un rituel qui vous appartient avec les enfants, même modeste, comme un petit-déjeuner du samedi ou une activité partagée. Cela peut être un moment de couple préservé chaque week-end, des règles de la maison décidées à deux, ou le droit de prendre du temps pour vous sans culpabiliser. Votre place ne se gagne pas en attendant d’être acceptée : elle se construit en l’occupant.


Une question pour vous : Qu’est-ce que je n’ai jamais pu dire à mon compagnon sur la façon dont je vis les week-ends avec ses enfants ?


Exercice : la carte de votre week-end (15 minutes)


  1. Prenez une feuille et un crayon, au calme, en dehors d’un week-end de garde.

  2. Dessinez votre maison comme un plan simple : les pièces où se passe la vie de famille.

  3. Placez chaque personne là où elle se trouve le plus souvent pendant un week-end de garde, vous comprise.

  4. A l'aide d'un objet qui vous représente, placez- vous à différents endroits : seule dans une autre pièce, avec votre compagnon, avec les enfants et décrivez ce que vous ressentez.

  5. Notez votre niveau de malaise de 0 à 10 avant le prochain week-end de garde, puis après.


Cet exercice aide à prendre du recul sur votre quotidien et fait un point de départ pour avancer.


Quand consulter, et que faire


  1. Choisissez un moment calme, sans les enfants, pour parler à votre compagnon de ce que vous ressentez, en partant de vous.

  2. Si ce sentiment dure depuis plusieurs mois, ou si les conversations tournent au conflit, un accompagnement individuel vous aide à clarifier votre place avant d’en parler à deux.

  3. Si votre sommeil, votre énergie ou votre humeur sont touchés, consultez votre médecin traitant.

  4. Si vous traversez une détresse importante, appelez le 3114.



→ Pour aller plus loin, découvrez mon accompagnement des belles-mères en famille recomposée et la thérapie de couple et famille, si vous souhaitez construire ces règles à deux.



Questions fréquentes


Pourquoi est-ce que je me sens de trop dans ma propre maison ?

Parce que votre foyer change de forme quand les enfants de votre compagnon arrivent, et que votre place dans cette nouvelle configuration n’a pas encore été définie. Ce sentiment parle d’un cadre flou, pas d’un défaut de votre part.


Dois-je m’effacer quand les enfants de mon compagnon sont là ?

Laisser à votre compagnon des moments seul avec ses enfants est sain. S’effacer complètement ne l’est pas : vous vivez aussi dans cette maison. L’équilibre se trouve entre les deux, et il se discute en couple.


Comment dire à mon compagnon que je me sens de trop sans qu’il le prenne mal ?

Parlez de ce que vous ressentez plutôt que de ce qu’il fait, à un moment calme, et proposez une piste concrète : un moment à deux pendant le week-end, une activité que vous partagez avec les enfants. Une demande précise est plus facile à entendre qu’un reproche.





© Laureen David ·


Cet article ne remplace pas un avis médical. Si vous traversez une souffrance psychique, parlez-en à votre médecin traitant. Le 3114, numéro national de prévention du suicide, répond gratuitement 24 h/24 et 7 j/7.

Insee, « En 2018, 4 millions d’enfants mineurs vivent avec un seul de leurs parents au domicile », Insee Première n° 1788, 2020. Caf, « Familles recomposées : bien vivre ensemble », caf.fr.


 
 
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